Agriculture : comment obtenir des résultats concrets pour toutes les parties prenantes avec l’agriculture régénératrice ?
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Qu’est-ce que l’agriculture régénératrice et pourquoi reste-t-elle difficile à définir ?
L’agriculture régénératrice est sur toutes les bouches. Dans les stratégies de développement durable, les engagements des entreprises, les projets pilotes ou encore les campagnes marketing. Pourtant, malgré l’intérêt croissant qu’elle suscite, le concept d’agriculture régénératrice reste souvent vague et difficile à traduire en changements concrets sur le terrain. Le terme est fréquemment utilisé sur les étiquettes ou dans les messages des marques sans que l’on sache clairement quelles pratiques agricoles régénératrices sont appliquées, comment les progrès sont mesurés ou quels avantages concrets sont obtenus.
Alors, en pratique, de quoi s’agit-il ? L’agriculture régénératrice1 est une approche agricole qui s’appuie sur les processus naturels pour améliorer les fonctions écosystémiques telles que la santé des sols, la biodiversité, le cycle des nutriments, etc. tout en maintenant ou en augmentant la rentabilité des exploitations agricoles. Distincte des projets dits de restauration, elle vise à rendre les systèmes agricoles plus sains et plus résilients.
Comme nous l’avons vu dans un précédent article, les pratiques agricoles s’inscrivent dans un continuum de durabilité, allant des pratiques conventionnelles aux pratiques régénératrices.
Et comme toute transition durable digne de ce nom, l’agriculture régénérative ne peut se contenter de bonnes intentions. Elle nécessite :
- Des objectifs clairs pour définir ce que signifie le progrès pour les différentes parties prenantes ;
- Des indicateurs pertinents pour suivre les améliorations en matière de santé des sols, de biodiversité et de résilience des systèmes ;
- Des actions ciblées mises en œuvre étape par étape pour générer un impact à long terme.
Credits photo : Van3ssa
1 – Regenerative Agriculture—A Literature Review on the Practices and Mechanisms Used to Improve Soil Health – MDPI
Rendements, réduction des coûts, qualité : définir les objectifs d’un projet en agriculture régénératrice
L’agriculture régénératrice est souvent perçue comme un label, mais dans la pratique, il n’y a pas de point de départ ni d’objectif final unique. Du champ au rayon du supermarché, les parties prenantes ont des priorités différentes. Par exemple :
- Les agriculteurs sont davantage préoccupés par la réduction des coûts, la gestion des risques et la stabilité de leurs revenus. Il s’agit d’objectifs très concrets, directement liés aux activités quotidiennes de l’exploitation agricole.
- Les entreprises et les marques peuvent avoir des objectifs différents, parfois divergents voire opposés, tels que l’amélioration de la qualité des produits, le renforcement de la résilience de la chaîne d’approvisionnement ou la réduction des émissions de carbone. Elles décident également du positionnement de l’agriculture régénératrice auprès du public et de ses parties prenantes. Cela inclut le niveau de visibilité et la communication, souvent influencés par les attentes des consommateurs et la pression des investisseurs.
- Les équipes marketing poursuivent un ensemble d’objectifs connexes mais distincts, axés sur l’image de marque, l’engagement des consommateurs et la communication. Cela implique souvent de mettre en avant les certifications, les indicateurs et les chiffres clés de multiples initiatives. Cela peut parfois conduire à accorder une importance excessive à la visibilité par rapport à ce qui se passe concrètement sur le terrain, créant ainsi une tension entre les objectifs des agriculteurs et ceux de l’entreprise.
Mesurer le succès des pratiques régénératives : des objectifs aux indicateurs
Voici quelques exemples non exhaustifs de correspondances entre des objectifs et des indicateurs possibles :
Les objectifs des parties prenantes et leurs indicateurs, BeeOdiversity 2026
Pourquoi mettre en œuvre des pratiques régénératrices ? Les fondements d’une transition agricole durable.
Les données issues du framework « Regenerating Together » de la plateforme SAI (Sustainable Agriculture Initiative)2 mettent en évidence les liens étroits qui existent entre les pratiques régénératrices et leurs multiples résultats.
Afin d’améliorer la santé et la fertilité des sols en particulier, le rapport identifie les pratiques les plus efficaces :
- Réduire au minimum la perturbation des sols grâce à des pratiques de labour réduit ou nul ;
- Contrôler la circulation (limiter le compactage du sol aux voies de circulation précises des machines) ;
- Cultures de couverture (plantes qui recouvrent le sol entre les saisons de culture commerciale) ;
- Gestion du fumier (compost ou excréments d’animaux utilisés comme engrais) ;
- Gestion de l’irrigation.
Une même action peut également influencer plusieurs objectifs. Par exemple, planter une haie ou introduire des zones tampons végétalisées peut avoir un impact sur :
- La santé et la fertilité des sols ;
- La création d’habitats ;
- Les émissions de gaz à effet de serre.
Différents résultats espérés peuvent nécessiter différentes combinaisons de pratiques. Certaines offrent des avantages généraux à l’échelle du système, tandis que d’autres sont particulièrement efficaces pour atteindre des objectifs de durabilité spécifiques.
2 – SAI Platforms Regenerating Together: Framework Linking Practices and Outcomes – PDF
Framework SAI3 reliant les pratiques aux résultats. La force de l’effet indique dans quelle mesure l’effet rapporté dans l’étude est convaincant. La force des preuves indique dans quelle mesure l’ensemble des recherches soutient cet effet.
3 – SAI Platforms Regenerating Together: Framework Linking Practices and Outcomes – PDF
Agriculture régénératrice : une trajectoire progressive vers la performance durable.
Bien que ces pratiques offrent des avantages évidents, il est important de garder à l’esprit que l’amélioration des sols est un processus graduel. La reconstruction de la structure des sols, de la matière organique et de la biodiversité dans le cadre de l’agriculture régénérative s’étend souvent sur plusieurs années, les gains visibles augmentant régulièrement au fil du temps. Par exemple, une étude menée pendant 20 ans sur une exploitation agricole biologique pratiquant l’agriculture sans labour (sans perturber le sol) a observé une augmentation de la matière organique du sol d’environ 0,5 % par an et un approfondissement de la couche arable d’environ 0,86 cm par an (Leifeld et al., 2020)4. Les communautés microbiennes du sol se rétablissent également progressivement, avec des augmentations significatives de la biomasse observées après 5 à 9 ans de pratiques régénératives continues (Hartmann et al., 2015)5.
4 – Soil Organic Carbon and the Long-Term Impact of Regenerative Practices – PubMed
5 – Soil Microbial Biomass Recovery under Regenerative Farming – PMC
- La matière organique et le carbone du sol augmentent progressivement grâce à l’utilisation de cultures de couverture, de compost et de fumier.
- La structure du sol et la rétention d’eau s’améliorent de saison en saison, favorisant ainsi la croissance des cultures et la biodiversité.
- L’activité microbienne et nutritive s’intensifie progressivement, jetant les bases d’une résilience à long terme.
Même si la restauration complète des sols peut prendre du temps, chaque année de pratiques régénératrices apporte des améliorations visibles.
Pourquoi fixer des objectifs clairs en agriculture régénératrice change tout ?
La transition vers l’agriculture régénérative, ou plus durable, échoue souvent non pas parce que l’ambition est trop modeste, mais parce qu’elle est trop diffuse.
Des études à long terme6 montrent que l’utilisation de couverts végétaux peut augmenter le carbone organique stocké dans le sol d’environ 0,1 à 1 tonne par hectare et par an, tout en augmentant l’abondance microbienne du sol d’environ 25 à 30 % et l’activité microbienne de plus de 20 %. Ces améliorations de la biologie du sol se traduisent par des avantages agronomiques tangibles, notamment un meilleur cycle des nutriments, une plus grande résilience des plantes et une érosion réduite, avec des réductions du ruissellement pouvant atteindre 80 % dans certains systèmes.
6 – Transformative Action Towards Regenerative Food Systems: A Large-Scale Case Study – PLOS Sustainability and Transformation
7 – Cover Crops Enhance Soil Organic Carbon and Soil Quality for Sustainable Crop Yield: A Systematic Review – MDPI (Agronomy)
De même, les systèmes de culture diversifiés (combinant des rotations plus longues, des mélanges de cultures et une perturbation réduite du sol) stabilisent les rendements, avec des augmentations pluriannuelles de 9 à 12 %, tout en réduisant l’azote synthétique jusqu’à 60 % et les pesticides de 70 à 75 %, augmentant parfois les marges agricoles d’environ 20 %/ha7.
Il est important de noter que les gains en matière de biodiversité sont directement liés à des objectifs agronomiques tels que la lutte contre les ravageurs et la résilience, ce qui en fait un levier stratégique plutôt qu’un avantage secondaire.
L’agriculture régénératrice en pratique : l’approche terrain de BeeOdiversity
Lors de notre webinaire avec Nestlé et nos partenaires, nous avons exploré comment les ambitions régénératives peuvent être traduites en réalité opérationnelle. En collaboration avec nos clients et leurs parties prenantes, nous co-concevons des cadres sur mesure qui définissent :
- Des indicateurs sur la biodiversité et la santé des sols clairs
- Des règles de mise en œuvre étape par étape adaptées aux contextes locaux
- Un protocole de surveillance permettant d’établir une base de référence fiable
- Un suivi mesurable de l’impact pour évaluer les progrès au fil du temps
Cette approche se concrétise dans notre travail en utilisant les outils de biosurveillance pour favoriser une utilisation raisonnée des pesticides, c’est-à-dire plus ciblée et plus efficace.
Pour l’un de nos clients, nous avons mis en place un programme BeeOmonitoring afin d’évaluer la pression environnementale et d’initier un changement des pratiques agricoles. Grâce à la collecte de données scientifiques et à l’analyse d’impact, nous avons pu, en collaboration avec les agriculteurs, réduire l’utilisation de pesticides, jusqu’à 80 % sur un site.
Au cours d’une série d’ateliers avec les agriculteurs, nous avons :
- Partagé les résultats du BeeOmonitoring de manière accessible et transparente
- Expliqué l’impact de certains pesticides sur la biodiversité, la santé des sols et la résilience des cultures
- Identifié les possibilités d’optimisation du calendrier et du dosage des traitements
L’action déterminante dans ce succès a été l’installation d’une station météorologique locale permettant d’alimenter un modèle de prévision et d’alerte fournissant des données précises. Cela a permis de n’effectuer des traitements que lorsque cela était strictement nécessaire, et non de manière systématique.
Le résultat ?
- Une réduction significative des pesticides
- Une baisse des coûts des intrants et une réduction du temps passé dans les champs
- Des rendements agricoles maintenus (voire améliorés pour certains sites)
- Une meilleure santé des sols et une résilience accrue des écosystèmes
En fondant l’agriculture régénérative sur des données de terrain et l’engagement des agriculteurs, nous avons favorisé une transition mesurable sur le plan environnemental et viable sur le plan économique.
Conclusion : Indicateurs scientifiques, catalyseurs de la transition vers l’agriculture régénératrice.
La force de cette approche réside dans l’alignement des actions sur des objectifs diversifiés. Si la conception de pratiques et d’indicateurs efficaces peut s’avérer complexe, la collaboration et l’accompagnement permettent de mener à bien cette transition.
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